Aktionsart

Le terme d’origine allemande aktionsart (Aktionsart [pron. ʔakˈʦi̯oːnsˌʔaɐ̯t], pluriel : Aktionsarten) s’applique en linguistique à la manière dont est conçu le déroulement du procès et à son découpage en phases, tels qu’exprimés, soit par le verbe lui-même, soit par sa forme grammaticale. Il est parfois traduit en français par ordre de procès, caractère de l’action, mode d’action ou modalité d’action (anglais : manner of action), mais fréquemment aussi employé tel quel.

Les différentes aktionsarten se distinguent en fonction de leur sens, donc sur des critères sémantiques. Dans le cadre de la dérivation de verbes à partir d’autres verbes, l’aktionsart peut être exprimée par certains morphèmes, ce qui fait de l’aktionsart une catégorie pour la formation des mots, la morphologie dérivative d’une langue. Dans ce sens, le concept d’aktionsart prend, particulièrement en linguistique anglo-saxonne, la dénomination d’aspect lexical (lexical aspect). Lorsqu’on regroupe systématiquement les aktionsarten en catégories grammaticales dans la construction des formes verbales, on parle d’aspect, ou d’aspect grammatical (grammatical aspect). L’aspect exprime de son côté différentes aktionsarten.

Les concepts d’aspect et d’aktionsart ont été utilisés au XIXe siècle à propos de phénomènes similaires, parfois même en tant que synonymes. En 1908, le slavisant Sigurd Agrell (1881-1937), qui travaillait sur le polonais, a formulé pour la première fois une différenciation des deux concepts :

Cette définition s’est largement diffusée en slavistique ; en remplacement de l’emploi du terme Aktionsart pour dénoter la signification fondamentale d’un verbe, le slaviste Alexander Isatschenko a proposé en 1962 le concept de « caractère verbal » (Verbalcharakter). Toutefois chez les linguistes en général, le concept d’aktionsart s’est développé pour en venir à caractériser aussi bien l’aktionsart « sémantique » que la classification (particulièrement en philologie classique) des distinctions sémantiques entre les différentes formes conjuguées.

Wendt par exemple effectue une distinction entre les aspects, déterminés selon un point de vue subjectif, et les aktionsarten, qui concerneraient le « déroulement objectif », et renvoie par exemple à la réalisation occasionnelle également de l’aspect sous forme de deux mots différents dans les langues slaves.

Dans la linguistique moderne s’est finalement répandue la distinction entre, d’une part, l’aspect en tant que concept grammatical concernant les formes fléchies et la syntaxe, d’autre part, l’aktionsart en tant que concept lexical concernant les formes dérivées et la classification sémantique des verbes. Certains ont pu aller jusqu’à proposer d’abandonner complètement le concept d’aktionsart et de n’effectuer de distinction qu’entre la « catégorie grammaticale de l’aspect », la « classification aspectuelle des verbes », et les « verbes aspectuels ». La discussion autour de l’emploi du terme d’aktionsart n’est toujours pas close aujourd’hui.

Les concepts spécifiques à la base de l’aktionsart ne sont pas toujours distingués précisément les uns des autres et varient en fonction de chaque spécialisation linguistique. Les critères de définition des aktionsarten sont eux aussi controversés. La vue d’ensemble qui suit est basée sur le point de vue de Metzler.

L’aktionsart peut faire partie intégrante de la signification d’un verbe, c’est-à-dire que le verbe réalise globalement la catégorie d’une aktionsart ; lorsque l’aktionsart n’est pas formellement apparente, on suppose qu’elle est codifiée lexicalement. Les verbes qui n’expriment pas d’aktionsart spécifique sont appelés neutres du point de vue de l’aktionsart (aktionsartneutral), comme les verba simplicia, les verbes fondamentaux des langues slaves. La question de savoir si en allemand, tout verbe exprime une aktionsart, ou seulement certains d’entre eux, ou seulement les verbes dérivés, fait l’objet de discussions.

Par exemple, le verbe ruhen (se reposer, être au repos) décrit un état (duratif), tandis que le verbe finden (trouver) décrit un évènement unique (ponctuel). Le verbe aufgehen (se lever) décrit une modification d’état (mutatif), alors que öffnen (ouvrir) représente la cause d’une situation (causatif). Il existe, en allemand comme en français, des couples de verbes qui décrivent des aktionsarten différentes d’un procès :

Le langage a développé divers moyens morphologiques pour construire des verbes ressortant d’aktionsarten différentes. Parmi ceux-ci on peut citer (pour l’allemand) : l’altération du radical (stehen « être debout » → stellen « faire en sorte que qqch soit debout » ; l’infléchissement (Umlaut) de la voyelle du radical (fallen « tomber » → fällen « agir de manière à faire tomber qqch »), ou l’apophonie (Ablaut) – souvent avec umlaut (trinken « boire » → tränken « donner à boire, faire boire qqn ») ; la suffixation de certains phonèmes ou syllabes au radical (husten « tousser » → hüsteln « tousser faiblement et répétitivement, toussoter ») ou l’ajout de syllabes ou de mots, auquel cas le résultat est décrit comme un mot composé (laufen « courir » → loslaufen « se mettre à courir, partir en courant » / weiterlaufen « continuer à courir »). Les langues slaves ont développé un système complexe pour exprimer les aktionsarten au moyen de dérivations morphologiques, de sorte que dans ces langues, les classifications sont extrêmement différenciées.

En hébreu il existe sept radicaux verbaux (binjanim) généralement dérivés d’une racine trilitère, qui permettent d’exprimer entre autres le genus verbi, mais également d’autres aktionsarten comme l’intensif ou le causatif (radicaux קפצ k-p-tz; qal inf. abs. קפוץ kāpōtz « sauter » ; causatif inf. abs. הקפיץ hakpētz « faire sauter »).

Les aktionsarten peuvent toutefois aussi être exprimées par les différentes formes que peut revêtir un verbe (flexion) ou par des mots complémentaires apportant des précisions sémantiques. Ainsi la forme latine du parfait dixi « j’ai dit », du verbe dicere « parler, dire » peut signifier que le locuteur a dit tout ce qu’il avait à dire et n’a plus rien à ajouter ; la forme temporelle du parfait exprime dans ce cas une aktionsart de type résultatif. En grec ancien et moderne, le système verbal exprime également des aktionsarten différentes au moyen du temps verbal.

On retrouve dans de nombreuses langues les aktionsarten en tant que catégories propres de la conjugaison ; ainsi par exemple :

Lorsque l’action n’est pas exprimée par les formes d’un mot unique, on parle de formation périphrastique (du grec περίφρασις / periphrasis) ou analytique. C’est ainsi par exemple que la tournure allemande ich war am Lesen « j’étais occupé à lire, en train de lire », ou la tournure française commencer à + infinitif, permettent de réaliser par périphrase une aktionsart de type respectivement progressif et inchoatif. Ce type de formation revêt une importance particulière dans les langues de type analytique et isolant, qui ne disposent pas de véritables flexions. Le chinois par exemple fait usage de mots particuliers qui ont perdu leur signification originelle et marquent désormais l’aktionsart derrière le verbe.

Enfin l’aktionsart peut être exprimée au moyen d’adverbes circonstanciels, comme dans l’expression « Soudain je l’ai vu » (voir aussi le tableau des aktionsarten en allemand).

Le grec ancien fait partie des langues dans lesquelles les aktionsarten sont également exprimées au moyen de catégories aspectuelles grammaticales (comme c’était vraisemblablement le cas en indo-européen primitif). Deux de ces aspects apparaissent au présent et au passé, l’aspect aoristique n’existant à l’indicatif que sous la forme du passé. Le futur est en grec ancien un temps à part entière et n’exprime ni aktionsart, ni aspect spécifique.

Le tableau ci-dessous fournit une classification sommaire de l’aspect grammatical en fonction des aktionsarten :

Le grec moderne a systématisé le système aspectuel du grec ancien et l’a étendu à tous les temps (présent compris). La différenciation aspectuelle par la flexion est en outre un moyen linguistique productif de distinction et d’expression des aktionsarten. Ainsi par exemple, la forme verbale de l’aoriste κοιμήθηκε (kimíthike) exprime une aktionsart inchoative ou ingressive et doit être traduite en français par « il s’endormit ». Le duratif « il dormit » est exprimé par κοιμόταν (kimótan) (aspect imperfectif, ou paratatique). Le verbe dormir par lui-même représente sémantiquement dans les deux langues une action qui dure ; pour exprimer une autre aktionsart que celle qui lui est inhérente, on utilise donc en français une dérivation morphologique, alors qu’en grec on emploie un autre aspect grammatical.

Déjà en vieux slave, la forme linguistique slave la plus anciennement documentée par des écrits, on formait des dérivés spécifiques en fonction des aktionsarten. Ainsi on différencie morphologiquement, pour les verbes de mouvement, une aktionsart terminative et aterminative (itikhod-iti « aller », nestinos-i-ti « porter »). L’aterminatif avait un sens itératif ou causatif ; on parle également dans ce cas d´indéterminé, et de déterminé pour le terminatif. Sur la base morphologique de ces aktionsarten du vieux slave s’est formé le système aspectuel, également binaire, des langues slaves modernes.

Dans les langues slaves modernes, les aktionsarten s’expriment au moyen d’un grand nombre d’affixes, qui peuvent conférer des significations additionnelles diverses au concept verbal originel, celui-ci étant toutefois conservé.

Morphologiquement, ces aktionsarten sont réalisées au moyen de préfixes, d’infixes et de suffixes, ainsi que d’altérations phonétiques et de l’accent tonique ; différentes aktionsarten peuvent être exprimées au travers d’une même construction (exemples tirés du russe) :

Généralement l’aspect grammatical change également entre le verbe de base et le dérivé : ainsi du verbe imperfectif signifiant « aller » est dérivé le perfectif « s’en aller ».

Exemples d’aktionsarten exprimées en polonais par le préfixe po- :

Le préfixe po- associé à certains verbes peut toutefois indiquer simplement l’aspect perfectif, par ex. błogosławić « bénir » (imp.) → pobłogosławić « bénir » (perf.) Dans ce cas, on ne parle pas en slavistique d’aktionsart. Il y a aussi une tendance en slavistique à renoncer à la notion d’aktionsart et de parler plutôt par exemple de « fonction du dérivé ».

Au cours de l’évolution des langues romanes, la tendance à exprimer les aktionsarten syntaxiquement s’est imposée. On trouve malgré tout, à côté des évolutions des dérivés latins, des dérivations postérieures appliquées aux verbes de base, comme en français les suffixes -et- (fréquentatif-diminutif, ex : craquercraqueter), -el- (causatif, ex. craqueler), -ot- (fréquentatif-itératif, ex : sifflersiffloter). En italien, on trouve des suffixes tels que -icchi, -acchi, souvent avec un sens atténuatif : dormire « dormir » → dormicchiare « somnoler », bruciare « brûler » → bruciacchiare « prendre feu »).

La classification présentée ci-après est répandue en germanistique. Les catégories sont fondées sur des critères en partie morpho-dérivationels, en partie purement sémantiques, et en partie encore syntaxiques.

Les critères de différenciation sont souvent les suivants :

Pour la classification ci-après voir en particulier

Les sous-catégories des aktionsarten duratives sont :

Ce sont les suivantes :

Le résultatif et l´inchoatif sont parfois regroupés sous le terme générique de transformatif, ou de mutatif ; cependant, le transformatif est parfois aussi considéré comme une aktionsart à part entière pour des verbes comme rosten « rouiller », et est alors utilisé en parallèle à perfectif, mutatif et/ou à résultatif.

Il s’agit là des catégories les plus fréquemment invoquées. Des aktionsarten telles que le comitatif, le conatif ou le distributif, et beaucoup d’autres, ne sont pas mentionnées en grammaire allemande, d’où il faut conclure que la répartition des aktionsarten dans les langues slaves est de fait plus précise et mieux différenciée.

Voyons maintenant les moyens par lesquels chaque aktionsart peut s’exprimer en allemand. On partira du principe de la distinction entre moyens de dérivation morphologique, moyens analytiques et moyens syntaxiques. La première catégorie comprend les composés construits avec des affixes ; la deuxième, les formes verbales complexes utilisant des auxiliaires + l’un des trois types d’infinitifs (infinitif seul, infinitif précédé de zu et infinitif substantivé) ; la troisième prend en compte les compléments adverbiaux et autres.

L’expression des autres aktionsarten classées dans les « non-duratives » est reportée sur les adverbes.

Les langues chinoises, généralement décrites comme isolantes, modifient les verbes, non pas au moyen de flexions, mais de « mots » (ou de syllabes) qui n’ont pas de sens propre, et ne constituent donc pas des lexèmes indépendants, mais sont ajoutés en tant que morphèmes derrière le mot portant le sens de base, et traduisent ainsi différentes catégories grammaticales.

Les langues chinoises, qui ne disposent pas de morphèmes pour exprimer les temps, en possèdent de nombreux pour exprimer les aktionsarten ; les substantifs et les adjectifs pouvant faire office de verbes, ils peuvent également être complétés par ces morphèmes.

Exemples pour le mandarin standard :

L’aspect délimitatif est exprimé par la reduplication du verbe : 走 zǒu « aller », 走走 zǒu zǒu « aller se promener un peu ».

Le système verbal du japonais effectue une séparation très nette entre les verbes transitifs et intransitifs, qui se présentent par couples et sont dérivés morphologiquement (synthétiquement) l’un de l’autre. D’un point de vue sémantique, ces couples expriment principalement une notion de causativité / anticausativité. La forme du procès exprime pour les verbes intransitifs une aktionsart durative, et progressive pour les transitifs.

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