Mbaye (Sara)

Du point de vue de l’ethnologue, les Mbaye sont une tribu du peuple Sara, comme les Sar(a) Madjingaye, les Goulaye, les Na(n)r, les Ngam(a), les Gor, les Ngambaye, les Sara Kaba…

Les Mbaye sont établis au sud du Tchad, à la frontière avec la Centrafrique.

Les migrations sara sont inséparables de celles des Kenga et Baguirmi, les peuples qui leur sont le plus apparentés. Suite aux bouleversements politiques au Soudan du 16ème siècle, Kenga et Baguirmi se déplacent vers le Guéra (au Tchad).

Les Sara auraient migré depuis le Bahr el-Ghazal nilotique vers la corne de Centrafrique (Dar Kouti), peut-être à la même époque que les Kenga.

Les tribus sara les plus anciennement implantées au Tchad sont les Ngambaye (au Logone), les Mbaye et les Ngam(a) (au Moyen-Chari). Leur implantation remonte aussi loin que l’arrivée des Kenga au Baguirmi et les premiers chefs Baguirmiens de Masséna. Ces premières tribus empruntent probablement le héros civilisateur Sou aux Mandja et Banda.

Mouroum (Laï), Sar (Bédaya), Goulaï et Kaba-Démé arrivent plus tard, au 18ème – début 19ème siècles. Ils s’installent plus au nord. Cette deuxième vague de migrations s’est effectuée à l’intérieur du Tchad.

Les Mbaye forment l’entité ethnique majoritaire du département du Bahr-Sara (chef-lieu Moïssala). Si les Ngama sont ceux chez qui Sou, le héros civilisateur sara, est tombé du ciel, ce sont les Mbaye qui auront contribué le plus à répandre sa légende en milieu sara. Sous la plume des ethnologues de la période coloniale, on retrouve souvent l’expression Mbaye Moïssala opposée à Mbaye Doba et Mbaye Bédjondo. Cependant, les peuples Mongo et Gor respectivement ainsi mentionnés par ces deux dernières appellations ne s’y identifient pas.

Installés en zone de forêt secondaire claire et de savane, les Mbaye top football shirts, comme la totalité des peuples sara, sont avant tout agriculteurs. Les principales cultures sont des produits vivriers parmi lesquels divers tubercules (igname, manioc), le mil et le sorgho. Le coton s’est imposé comme culture de rente depuis la colonisation.

Dans l’organisation traditionnelle, l’unité politique de base est le village. Chaque village, composé de familles patrilinéaires, est indépendant. Un conseil d’anciens assiste le chef de village qui détient en outre des pouvoirs rituels importants, et notamment celui de diriger les cérémonies d’initiation masculine, le ndo bessi. Le chef de village est en milieu Mbaye une autorité récente, née de la nécessité d’interlocution entre l’administration coloniale et les populations villageoises. La société Mbaye pré-coloniale est plutôt acéphale.

On distingue six clans Mbaye parlant plusieurs formes dialectales de la langue Mbaye :

Souvent associés aux Mbaye, les Yambod semblent être ethniquement des Gor venus de Bodo (leur nom viendrait alors de “yan Bodo” signifiant “quitter Bodo”). Sur le plan linguistique, ils sont plus proches des Mbaye. Ils sont considérés comme une tribu sara à part entière.

La confrérie des hommes-lions est une société secrète très crainte qui existe chez certains peuples sara du sud du Tchad. On la retrouve chez les Mbaye, les Daye, les Nar, les Bédjond et les Kone-Ngam (Ngam de l’Ouest). Lors des opérations, les membres sont recouverts (presque) entièrement de peaux de chèvres ou d’animaux sauvages, portent des semelles de bois imitant les empreintes des lions et soufflent dans des calebasses en forme de gourde.

Cette société joue le rôle de police secrète au service de chefs de terre qui s’en servent pour se débarrasser d’individus nuisibles à la vie sociale: sorciers, brigands, personnes maintes fois coupables d’adultères, etc. Cependant, elle peut dégénérer aussi en une horde de tueurs à gage. Les hommes-lions pratiquent aussi des chasses collectives où tous les animaux rencontrés sont tués et entièrement consommés en brousse amphipod running belt. Ils excellent dans l’art du camouflage et de l’hypnotisme.

L’adhésion à la société se fait de deux manières. Par filiation: un fils d’homme-lion est de facto admissible dans la société. Ou par vocation: on fait une demande expresse d’adhésion lorsque l’on ne peut se réclamer d’une ascendance ayant fait partie de la société. Dans tous les cas, le candidat doit subir des épreuves initiatiques où  force, intrépidité et courage prévalent : il apprend ainsi à tuer un animal de n’importe quelle taille d’un seul coup de sagaie, à courir avec un gros tronc d’arbre au dos, à manier habilement l’hameçon servant à la chasse des hommes-lions, à souffler dans la calebasse-gourde, etc. Comme toute société secrète, la règle d’or est l’omertà, la loi du silence.

Plusieurs tabous réglementent leur vies. Une blessure à la hache leur est mortelle. Comme autre tabou, il est interdit de traverser la cour d’un homme-lion en roulant un cerceau ou de le frapper avec une tige de mil fabric lint shaver.

L’influence des hommes-lions a commencé à décroitre au milieu des années 1950 sous l’action conjuguée du christianisme, qui y voit des pratiques diaboliques, et de l’administration coloniale, qui seul détient désormais le droit de vie ou de mort sur les administrés. La société reste la principale attraction lors des grandes manifestations culturelles Mbaye comme lors du Centenaire de la ville de Moïssala en décembre 2012.

Les Mbaye sont de nos jours pour la plupart chrétiens (protestants ou catholiques) ou musulmans, avec une prédominance du protestantisme. Les cultes traditionnels sont très marginaux. Cependant, ce sont ces derniers que nous présentons ici comme éléments culturels.

Les peuples Sara reconnaissent tous un esprit bienfaisant, créateur des hommes, parfois dieu de l’orage et de la pluie. Il est nommé Lou(w)a (ou  Louba) chez les Mbaye.  Ce dieu suprême a été très vite assimilé à Allah chez les musulmans ou au Dieu chrétien. À cette divinité est associé Kadə̀ (« soleil »). Ce dernier est le dieu de la fertilité et de la fécondité. Kadə̀ bénéficie d’un culte car intervenant dans la vie des hommes, il peut leur nuire au cas où il n’est pas honoré. Considéré comme toujours bienfaisant, Loua ne bénéficie pas de culte.

 Sou est le héros civilisateur. Il a appris aux Sara la culture, les outils, les armes, le feu, l’initiation. C’est un personnage ambigu : il apparaît souvent comme un destructeur de ce que Loua crée. Dans les contes, il apparaît comme un farceur.

Au niveau du culte familial, on trouve :

La langue sara (avec ses différentes formes dialectales) est classée dans le groupe de langues Chari-Nil de l’ensemble Nilo-Saharien.

Quelques phrases et expressions en Mbaye:

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